Symposium francophone de soins primaires – A quoi ressemblera le cabinet de médecine de famille du futur ?

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Lausanne – 18 juin 2018

 

Points-clés des sessions plénières du symposium

Plusieurs points ont émergé des présentations et des discussions de cette journée. A l’avenir, plusieurs initiatives permettraient une amélioration de la prise en charge des patients tout en optimisant les ressources :

  • Développer la prévention et se concentrer sur le maintien de la santé de la population afin de limiter les besoins à long terme.
  • Mieux connaître les populations régionales, leurs besoins et leurs différences. Focus au niveau méso (en rapport aux autres niveaux : le niveau macro est le pays, le niveau micro est une patientèle, le niveau nano est l’individu).
  • Détection précoce des patients qui nécessitent une prise en charge particulière afin de limiter le recours aux urgences
  • Développer les compétences d’autogestion et d’éducation du patient (« patient empowerment »).
  • Innover dans le formation de nouveaux profils professionnels afin de favoriser l’inter- et la multi-disciplinarité (Advanced Nurse Practitioners, IDSP,…) visant la prise en charge globale et coordonnée du patient.
  • Intégration des évolutions technologiques pour faire levier sur les connaissances et améliorer l’efficience.

Introduction

Le caractère crucial et très important des soins de santé primaire a été révélé dans un rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) il y a plus de 10 ans. Depuis, beaucoup de progrès ont été réalisés dans le monde grâce à de multiples réformes, mais il reste encore du chemin à parcourir. Les réformes ne concernent pas que les prestations mais sont aussi politiques car elles sont liées à l’organisation des systèmes de santé.
La médecine de premier recours ou médecine de famille doit répondre à de nombreux défis comme l’accroissement des maladies chroniques, la fragmentation des soins, l’augmentation des coûts et l’épuisement des soignants, entre autres.

De nouveaux modèles d’organisation ainsi qu’une vraie collaboration avec le patient, soutenue par l’interprofessionalité des soignants, permettra de couvrir une grande partie des besoins de soins de la population. Dans ce cadre, la création de connaissances est fondamentale, basée sur le contexte macroéconomique et organisationnel, la recherche ainsi que l’expérience de terrain. Plusieurs exemples suisses illustrent que la réflexion est actuellement en cours : mise en place d’un Chronic Care Model à Neuchâtel, étude QUALICOPC…

La médecine de premier recours est importante dans la mise en place de certaines initiatives de santé publique car les deux domaines se chevauchent pour un certain nombre d’enjeux.

Intégration Soins primaires et Santé publique

Source: Intervention du Prof. Nicolas Senn.

Pour que cette interaction entre santé publique et médecine de premier recours puisse être optimale, il y a une condition très importante qui est l’inscription des patients. Celle-ci permet leur catégorisation ainsi qu’une optimisation de leur prise en charge.
L’inscription de patients dans un registre permet une attribution à un médecin de référence. Il s’agit d’un levier puissant pour favoriser l’intégration entre santé publique et cabinets médicaux. L’analyse de population est ainsi plus précise et permet d’ajuster les ressources aux besoins.

Retours d’expérience de plusieurs pays dans le domaine de la coordination des soins et de l’interdisciplinarité

Suisse (Canton de Vaud) – Vue politique – Prof. Dr. Stéfanie Monod

Plusieurs enjeux critiques pour le système de santé de demain :

  • Le vieillissement de la population et des professionnels de santé
  • L’augmentation des maladies chroniques
  • La numérisation et l’arrivée en force des technologies de l’information dans le domaine de la santé
  • Les opportunités et les dangers de l’explosion technologique
  • Les patients et leur nouvelle posture (leur nouveau rôle)

L’environnement sociétal est en changement et il est difficile de voir l’impact. Pour répondre aux besoins, il est impératif de renforcer le système de prise en charge.
La vision politique comporte des difficultés d’horizon car il n’est pas possible de planifier à long terme alors que la santé publique se doit de voir 5, 10 ans à l’avance afin d’anticiper les besoins et de planifier les ressources nécessaires pour les satisfaire. Comment concilier les deux ? Maintenir la santé de la population, son autonomie et retarder les situations de fragilité et de dépendance (seuls 20-30% de la population totale sont des individus à risque et 5-10% des personnes fragiles et dépendantes).

Les soins primaires sont donc au cœur de l’action. Il faut renforcer les capacités du système communautaire (renforcer la promotion de la santé, améliorer la gestion des maladies chroniques et la coordination des soins, prévenir le déclin fonctionnel, maintenir l’indépendance et l’autonomie). Il faut donc se concentrer sur les soins primaires tout en limitant les capacités stationnaires. Le virage ambulatoire doit ainsi être encouragé.

Plusieurs mesures ont été mises en place dans le Canton de Vaud :

  • Nouveaux modèles en médecine de famille
  • Pratique infirmière avancée (ANP – Advanced Nurse Practitioner)
  • Articulations entre dispositifs institutionnels et soins de première ligne
  • Formation
  • Nouveaux modèles de financement
  • Dossier du patient informatisé, langage commun

Le tout doit être soutenu par le développement des compétences patients ainsi que le développement de partenariats avec des prestataires ainsi que le soutien des infirmières de pratique avancée.

 

Suisse – Expérience pilote – Améliorer la coordination en médecine de famille – Prof. Nicolas Senn, Dr. Monika Diebold, Dr. Regula Cardinaux

En Suisse, la part de cabinets médicaux où un seul médecin est actif reste encore élevée (45%) en comparaison aux autres pays (UK : 4% ; Australie : 8% ; Suède : 19% ; Canada : 23% ; USA : 30%) en 2015.

La collaboration avec les autres professionnels comme les infirmières ou les gestionnaires de cas est différentes en fonction de la région géographique : plus fréquente en Suisse Romande (85.3% des cabinets collaborent) et au Tessin (76.5%), elle est plus faible en Suisse Allemande (49.8%).

Plusieurs initiatives ont été lancées en Suisse pour faciliter la coordination des soins : Projet « soins coordonnés » dans le cadre de Santé 2020, Programme de promotion de l’interprofessionnalité dans le domaine de la santé de 2017 à 2020, eHealth Suisse.

Dans le canton de Vaud, un projet pilote pour développer un nouveau modèle de coordination en médecine de famille a vu le jour récemment. Le constat de départ fait état de cabinets de groupes de 2-3 médecins, souvent très occupés par les activités de coordination et d’éducation thérapeutique avec une population de patients moyennement complexes.

Après une recherche de littérature, un nouveau modèle de coordination des soins a été ébauché visant à :

  • Optimiser la prise en charge des patients
  • Soutenir la continuité de la gestion, de l’information et de la relation
  • Diminuer les hospitalisations et le recours aux urgences
  • Développer un fonctionnement interprofessionnel au sein du cabinet
  • Développer un partenariat médecin de famille-santé publique

Plusieurs interventions ont été listées et choisies comme par exemple la mise en place d’un système de soutien à la coordination des soins et le développement d’une structure pour favoriser les relations entre les soignants ainsi qu’entre les soignants et les patients.
Des études d’impact ont également été réalisées afin de vérifier l’adéquation de ces interventions dans le contexte particulier de la médecine de famille. Un modèle a été défini afin d’être mis en application.

Coordination des soins

Source

Ce modèle vise à s’adapter à chaque cabinet, il est flexible et non limitatif. Il est en train d’être mis en place dans le cadre d’un projet pilote avec environ 10 cabinets. Ce retour d’expérience sur 2-3 ans permettra éventuellement d’appliquer certains ajustements avant un déploiement de plus grande ampleur.

Les enjeux de ce projet sont importants :

  • Répondre aux besoins sanitaires actuels en soins de premier recours
  • Développer l’interprofessionnalité en médecine de famille
  • Encourager un partenariat entre les cabinets privés et le Service de Santé Publique
  • Effectuer un « scale-up » du projet pilote aux autres cabinets du canton
  • Assurer un juste équilibre entre flexibilité et pratiques uniformes
  • Permettre l’intégration des évolutions technologiques

 

France – Rôle des infirmières ASALEE – Dr. Hector Flacoff, Gaëlle Savigneau

En 2004, un dispositif expérimental, précurseur d’Asalée, a été lancé dans le département des Deux-Sèvres. L’objectif est d’offrir un suivi individualisé aux patients en équipe pluriprofessionnelle (médecin – IDSP ou Infirmière Déléguée à la Santé Publique). Le financement est assuré aujourd’hui par l’assurance maladie et le ministère public. La collaboration est innovante et évolutive ; elle s’est développée dans toute la France avec plus de 550 IDSP. Le soutien et l’encouragement de cette initiative se poursuivent avec son inclusion dans la stratégie nationale de santé 2018-2022 dont l’objectif est de renforcer l’accès territorial aux soins.
Ce type de prise en charge fonctionne bien pour des pathologies chroniques nécessitant un suivi rapproché et une éducation thérapeutique. Un projet thérapeutique et un objectif de vie seront définis avec le patient. L’infirmière s’occupe du suivi et ne sollicitera le médecin que pour des problématiques particulières ou pour les visites de contrôle. Cette approche permet souplesse et temporalité pour le patient. L’infirmière peut en effet prendre plus de temps pour écouter et échanger avec le patient sans pression temporelle. L’infirmière est payée par l’institution Asalée, le médecin ne va que signer un contrat de coopération et mettre un local à disposition pour l’infirmière. Les échanges entre le médecin et l’infirmière seront ensuite réguliers en fonction des cas.

 

Belgique – Innovation dans les maisons médicales – Dr. Jean Macqt, Dr. Hubert Jamart, Monique Ferguson

La Belgique est un pays en réformes permanentes étant donné sa situation politique où la concertation prend beaucoup de temps. Des incohérences dans la répartition des compétences s’ajoutent à cela induisant des négociations sur l’organisation des soins entre le fédéral et le régional.
A la base, la majorité des prestataires sont privés et l’offre hospitalière est importante. L’assurance maladie fédérale reste le garant d’un accès financier aux soins d’une manière libre.
Le système évolue en permanence au rythme des résultats de ces discussions et est le fruit d’un équilibre entre les différents piliers existants en Belgique (catholique vs. non catholique, francophone vs. non-francophone,…).
Ces tendances empêchent l’intégration des soins d’une manière structurée et optimale. De plus, chaque acteur y va de son initiative d’intégration répondant à des logiques territoriales, de fonctions « intégratrices », de dossiers partagés, de nouveaux modes de paiements,…

Plusieurs projets ont été lancés dont Integreo qui va viser à favoriser les échanges entre les « case managers » et les réseaux de soins tout en soutenant le patient dans ses connaissances en autogestion.
Il existe en Belgique plus d’une centaine de maisons médicales (intégrant environ 2500 professionnels) soignant plus de 250’000 patients. Il s’agit d’un secteur en croissance dont l’essor a été favorisé par le GERM (Groupe d’Etudes pour une Réforme de la Médecine).

Plusieurs idées comme le paiement forfaitaire et un changement dans l’enseignement de la médecine afin d’encourager les échanges entre professionnels ont permis de soutenir ce développement de coordination des soins (parcours de soins, communication, équipes multidisciplinaires,…).

Le DEQuaP est un projet d’autoévaluation participatif qui permet aux maisons de santé de s’améliorer en continu en fonction du retour des professionnels mais aussi des patients.

 

Québec – Gestion des cas et interprofessionnalité – Prof. Catherine Hudon, Prof. Mylaine Breton

Le Québec vise principalement l’intégration des volets santé et sociaux par le biais d’un modèle basé sur la centralisation. Celle-ci a eu des effets importants sur le nombre d’établissements qui est passé de 683 à 34 en quatre décennies. Le territoire a été divisé en régions afin d’y implanter des centres ayant des responsabilités populationnelles.
Plusieurs structures permettent un bon fonctionnement du système comme les équipes multidisciplinaires, les pratiques de groupes, les attributions d’infirmières ainsi que la contractualisation des échanges.

Pour les patients complexes, sollicitant beaucoup le système, le « case management » peut vraiment apporter énormément de valeur tant au patient (meilleure prise en charge) qu’au système (moins de frais d’urgences).

On parle de cas complexes quand plusieurs conditions sont réunies : maladies chroniques, précarité socio-économique, troubles de santé mentale. 80% des coûts sont générés par ce type de patients.
Complexity

Source : A Conceptual Model of the Role of Complexity in the Care of Patients With Multiple Chronic Conditions, Grembowski, David PhD & al., Medical Care: March 2014 – Volume 52 – Issue – p S7–S14.

L’objectif est d’évaluer, planifier, faciliter et coordonner les soins pour répondre aux besoins de la personne et de ses proches. Assurer une meilleure communication entre toutes les ressources permet également une optimisation des soins et des résultats.

L’infirmière qui gère le cas devient la répondante principale et va se concentrer sur le projet de vie du patient. Le patient devient un partenaire à part entière, éduqué et responsabilité, qui va faire des choix en collaboration avec les professionnels. Pour ce faire, un repérage efficace et précoce est nécessaire pour optimiser les ressources et les structures.

 

Sources & références

The Chronic Disease Self-Management Program: the experience of frequent users of health care services and peer leaders, Family Practice, 2016.

Médecins de premier recours – Situation en Suisse, tendances récentes et comparaison internationale, Obsan, Dossier 50, 2015. https://www.obsan.admin.ch/sites/default/files/publications/2015/obsan_dossier_50_1.pdf

Case Management for Frequent Users with Chronic Disease in Primary Care. Conference Presentation, 2013.

Nouveaux modèles de soins pour la médecine de premier recours. Rapport du Groupe de travail „Nouveaux modèles de soins pour la médecine de premier recours“ de la CDS et de l’OFSP, 2012.

Les soins de santé primaires – Maintenant plus que jamais. WHO, 2008.

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